1.1. Des peurs héritées 2018-01-05T21:30:56+00:00

Malgré la rupture révolutionnaire, la peur se propage souvent par des canaux familiers : des rumeurs de destruction des récoltes par des brigands instaurent dès août 1789 « la Grande Peur ». Dans le passé, l’effondrement soudain de l’autorité s’était déjà caractérisé par la propagation de craintes plus ou moins diffuses.

En 1789, aux peurs politiques s’ajoutent des peurs alimentaires, fréquentes au XVIIIe siècle, qui provoquent de nombreuses mobilisations populaires. Les 5 et 6 octobre, les Dames de la Halle marchent à versailles (fig. 1) afin de demander au Roi de réguler les prix des produits de première nécessité et d’accepter le début de la Révolution.

fig. 1 – En présentant les femmes comme des guerrières viriles ou des amazones, cette estampe en couleur réveille les peurs face à l’action des femmes du peuple lors des crises alimentaires.

Anonyme,
Avant Garde des femmes allant à versailles, [Journées des 5 et 6 octobre, 1789].
Eau-forte coloriée (détail), 1789, 17,5 x 27,8 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

Le fantasme du « complot aristocratique » constitue un autre héritage, amplifié par la Révolution. Ainsi, la plupart des journées révolutionnaires partent d’une rumeur de complot, accréditée par les menaces bien réelles de la Contre-Révolution. Début septembre 1792, soupçonnés de fomenter une conspiration pour rétablir la royauté, des milliers de prisonniers sont ainsi jugés sommairement et tués dans plusieurs villes de France (fig. 2). Les « massacres de Septembre » deviennent le traumatisme de référence pour la plupart de ceux qui visent à conjuguer ordre et révolution.

fig. 2 – Publiée au sein de la Galerie historique ou Tableaux des événements de la Révolution française, cette vignette en couleur insiste sur la peur des habitants et la vision des corps massacrés. Elle révèle ainsi la crainte d’une nouvelle guerre civile.

Anonyme,
Jacowick, G. (actif au xviiie s.), [Massacre à la prison de l’Abbaye du 2 au 6 septembre 1792 (…)].
Eau-forte coloriée (détail), fin XVIIIe s., diam. 9,2 cm.
© Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Enfin, la guerre qui oppose la France en Révolution aux Prussiens et aux Autrichiens après avril 1792 puis à la Première Coalition européenne après mars 1793, réveille les angoisses séculaires liées aux mémoires des guerres européennes, encore très présentes dans l’esprit des populations (fig. 3).

fig. 3 – Cette estampe, publiée dans le Journal des Révolutions de Paris des 8-15 décembre 1792 (n° 179, p. 556), met en lumière la violence des conflits provoqués par la Révolution. Elle s’inscrit dans la tradition des images de guerre européenne de l’époque moderne.

Anonyme,
[Reprise de la ville de Francfort par les prussiens, autrichiens et Hessois (Allemagne) et massacre des français. 28 novembre 1792].
Eau-forte (détail), 1792, 13,4 x 21,2 cm.
© Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
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1.2. LES NOUVELLES PEURS