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1.2. Les nouvelles peurs 2018-01-05T21:20:32+00:00

Mais la Révolution fait aussi naître de nouvelles peurs. Pour conjurer la crainte d’un retour de l’Ancien Régime, les révolutionnaires diffusent des images visant à semer l’effroi parmi les royalistes (fig. 1).

Dans de nombreuses régions comme la « Vendée », la vallée du Rhône ou le sud du Massif central, des contre- révolutionnaires prennent les armes, attisant à leur tour les tensions. En revanche, dans les espaces moins touchés par la guerre civile (Aisne, Eure…), les peurs restent plus modérées.

fig.1 – Publiée dans le journal Les Révolutions de Paris, cette estampe imagine l’édification d’une statue colossale aux frontières, destinée à effrayer les ennemis de la France.

Anonyme,
Le Peuple mangeur de rois.
Eau-forte (détail), 1792, 10,9 x 14,7 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

Dans de nombreux lieux, les royalistes sont eux-mêmes la cible des révolutionnaires, comme à Paris ou à Avignon en 1791, où se déroulent des massacres (fig. 2). La peur se transforme, change de camp, mais aussi d’échelle en gagnant toute l’Europe : de nombreux nobles se réfugient hors de France, où ils s’allient avec les armées étrangères, et participent à une propagande de la peur, assimilant la Révolution française à une terreur permanente.

fig. 2 – L’idée d’un peuple français destructeur de la monarchie est alimentée par des emprisonnements et des massacres de contre-révolutionnaires, jetés dans la glacière.

Anonyme,
[Massacres des prisonniers contre-révolutionnaires du Château à Avignon (…)].
Bois (détail), 1791, 27,9 x 36,9 cm, tirage moderne.
© Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Quant aux colonies, en particulier Saint-Domingue, elles sont également parcourues par de nouvelles peurs. Les hommes libres de couleur, qui réclament l’égalité devant la loi, mais aussi de nombreux esclaves, se révoltent à plusieurs reprises, alimentant les fantasmes coloniaux : dans les images et les textes, les gens de couleur sont représentés comme des sauvages, prêts à anéantir la civilisation (fig. 3). Les îles, vitales pour la métropole, sont dévastées, ce qui exacerbe les angoisses d’un effondrement de l’économie française. Le spectre de la Révolution noire plane sur les empires européens.

fig. 3 – En insistant sur la violence des révoltes serviles, les Tableaux historiques de la Révolution française (1791-1804), dont cette œuvre est tirée, contribuent à l’iconographie apocalyptique des « horreurs » de la révolution haïtienne.

Pierre-Gabriel Berthault (1737-1831),
Incendie du Cap-Français. Eau-forte (détail), 1793, 32,2 x 50 cm.
© Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
1.1. DES PEURS HÉRITÉES
1.3. LES FIGURES DE LA PEUR