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1.3. Les figures de la peur 2018-01-05T21:18:57+00:00

Certaines figures alimentent par- ticulièrement ces nouvelles peurs. Dans cette galerie de portraits, le sans-culotte occupe une place de choix (fig. 1). Ce militant de quartier devient très tôt, pour les contre-révolutionnaires, l’emblème de la sauvagerie d’un peuple jugé incapable de contrôler ses pulsions.

Dans certaines gravures françaises et surtout étrangères, le sans-culotte est caricaturé comme un vampire assoiffé de sang ou un cannibale, prêt à toutes les atrocités pour défendre la République.

Anonyme,
Un sans-culotte instrument de crimes, dansant au milieu des horreurs, vient outrager l’humanité pleurante auprès d’un cénotaphe. il croit voir les ombres des victimes de la Révolution, dont une le saisit à la gorge. Cette effrayante apparition le suffoque et le renverse.
Eau-forte coloriée (détail), période révolutionnaire, 17,4 x 12,8 cm.
© Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

fig. 1 – Dans cette caricature le sans-culotte est présenté comme un monstre, dansant allègrement sur les crimes de la Révolution. Symbolisées par une allégorie et un saule pleureur dans lequel on devine les profils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, les peines provoquées par les violences le laissent insensible

À l’opposé de ce stéréotype, le « contre- révolutionnaire », également appelé « étranger » ou « aristocrate », incarne l’ennemi par excellence des révolutionnaires (fig. 2). Parce qu’il refuse le nouvel ordre des lois, celui que la propagande républicaine désigne aussi sous le nom de « brigand », fait d’autant plus peur qu’il serait invisible. Accusé de vivre hors des principes communs de l’humanité, il est caricaturé sous les traits de la bête monstrueuse, de l’égorgeur ou du massacreur, serviteur du despotisme.

fig. 2 – Servant probablement à animer les figures d’un théâtre de rue, cette gouache insiste sur le contraste entre les Vendéens contre-révolutionnaires sombres et armés et les citoyennes pâles et effrayées qui sauvent un symbole de la Révolution française.

Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826),
Royalistes s’apprêtant à abattre un arbre de la liberté […].
Gouache sur carton découpé et collé sur feuille de papier bleu (79e feuille, détail), vers 1793, 36 x 53,5 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

Dans l’ombre des figures masculines, certaines femmes sont tout autant visées par l’imaginaire de la peur. C’est le cas des « Tricoteuses » ou des « furies de la guillotine », qui avaient l’habitude de tri- coter et de coudre en assistant aux séances des clubs et des assemblées, mais aussi aux exécutions (fig. 3). En 1795, après la mort de Robespierre, elles sont accusées d’avoir aimé voir couler le sang. Ce discours stigmatise la cruauté de ces femmes, dénoncées comme moins capables que les hommes de domes- tiquer leurs pulsions, sortant du rôle que l’on attend alors d’elles : être de bonnes épouses et de bonnes mères.

fig. 3 – Cette nouvelle gouache de Lesueur se rapproche d’une caricature. Ces femmes qui assistaient aux séances de l’Assemblée ou aux exécutions publiques sont ici portraiturées en mégères moqueuses. C’est la naissance du mythe des « furies de la guillotine ».

Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826),
Tricoteuses.
Gouache sur carton découpé et collé sur une feuille de papier bleu (40e feuille), vers 1793, 36 x 53,5 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet
1.2. LES NOUVELLES PEURS
CHAPITRE 2 : LA POLITIQUE DE SALUT PUBLIC : UNE RÉPONSE À LA PEUR