Une partie des lois votées par la Convention nationale à partir du printemps 1793 vise à combattre, à canaliser les peurs, ou à les retourner contre les ennemis de la République. La mise en place d’une justice d’exception est ainsi guidée par l’urgence de sauver la République face aux armées européennes et à la rébellion contre-révolutionnaire.

Cette justice de crise est incarnée par le Tribunal révolutionnaire, créé le 10 mars 1793. En substituant la loi à la vengeance, celui-ci vise à éviter que le peuple ne se fasse justice lui-même. Mais s’il entend canaliser les peurs, apaiser et stabiliser la République, il en crée aussi de nouvelles, concernant les contre-révolutionnaires. il s’agit, selon les mots du conventionnel Billaud-varenne, d’instaurer la « terreur-réplique » : la peur doit changer de camp…

fig. 1 – Ce dessin, sans doute pris sur le vif, a inspiré plusieurs dizaines de gravures royalistes dénonçant le martyre de Marie-Antoinette. Pierre Bouillon
y oppose la sévérité froide des membres du Tribunal révolutionnaire à l’innocence et à la pureté
de Marie-Antoinette, droite et vêtue de blanc.

Pierre Bouillon (1776-1831),
Jugement de Marie-Antoinette.
Pierre-noire, 1793, 39,7 x 53,3 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

Dans cette optique, Danton déclare : « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être. » Outils de cette politique d’intimidation, des procès sont médiatisés, comme celui des Girondins, condamnés à mort le 31 octobre 1793 (fig. 2). Cette justice est encore accélérée par la loi du 22 prairial An ii (10 juin 1794), qui ne prévoit plus que deux peines : l’acquittement ou la mort, sans possibilité d’appel. Si le Tribunal révolutionnaire est resté dans l’imaginaire comme l’antichambre de la guillotine, il trie pourtant au préalable, et libère, de nombreux prisonniers.

fig. 2 – Cette gravure sur bois du Journal des Révolutions de Paris des 28 oct.-4 nov. 1793 représente le moment de la condamnation à mort des députés girondins. Elle insiste sur les réactions violentes du public et l’indignation des condamnés.

Anonyme,
[Le tribunal Révolutionnaire condamne J. Brissot et 20 autres girondins à la guillotine, le 30 octobre 1793 (9 brumaire An ii)].
Eau-forte (détail), 1793, 13 x 20,9 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

Outre ce tribunal, d’autres institutions plus locales, comme les comités de surveillance ou les commissions militaires sont également chargées de juger les ennemis de la République, les contre- révolutionnaires, les rebelles et les émigrés pris les armes à la main (fig. 3).

fig. 3 – Pendant la guerre civile, l’affichage des lois dans la rue vise à rassurer et
à restaurer l’ordre public. Ici à Marseille, des hommes jugés le 19 mars 1794 sont remis en liberté par la commission militaire. La rigueur de la mise en page, la clarté de la typographie instaurent un ordre visuel immédiatement perceptible.

Liberté, Égalité, Jugement rendu en présence du peuple par la commission militaire…
Affiche, 1794, 60 x 39,5 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet
1.3. LES FIGURES DE LA PEUR
2.2. LES ACTEURS DE L'ORDRE RÉPUBLICAIN