Face aux peurs, diverses figures de l’ordre sont promues, afin que les populations puissent se rassurer, s’identifier à des modèles et adhérer à de nouvelles normes républicaines.

Si le sans-culotte alimente les haines contre la Révolution, c’est parce qu’il est érigé en modèle du parfait citoyen par les Républicains (fig. 1). Un stéréotype se construit : le « bon sans-culotte » arbore les couleurs républicaines, porte la mous- tache et le pantalon, est armé d’une pique. Hébert, dans le journal du Père Duchesne, s’en fait le porte-parole : « Quelquefois, il marche avec sa pique, mais au premier bruit de tambour, on le voit partir pour la Vendée. »

fig. 1 – La figure du sans-culotte est immortalisée ici sous les traits du chanteur Simon Chenard par le peintre Louis Léopold Boilly. À l’occasion de la fête de la liberté de la Savoie en 1792, le drapeau tricolore (avec l’inscription « LA LIBERTÉ OU LA MOR[T] ») remplace la pique.

Louis Léopold Boilly (1761-845),
Portrait du chanteur Simon Chenard (1758-1832), en costume de sans-culotte, portant un drapeau à la fête de la liberté de la Savoie, le 14 octobre 1792.
Peinture à l’huile, vers 1792, 33,5 x 22,5 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

Parallèlement au « sans-culotte » est promue une figure idéale du citoyen- soldat, défendant le régime au péril de sa vie. Ces modèles produisent un cadre rassurant, définissant les comportements à imiter, mais incitant aussi à soutenir concrètement les initiatives de la Conven- tion. En outre, des députés, appelés « représentants en mission », sont envoyés au printemps 1793 dans les zones où l’ordre républicain est en péril (fig. 2). incarnant la souveraineté populaire, leur présence apaise les craintes des bons citoyens, et entend dissuader les adver- saires. Leurs décisions peuvent être affichées dans les rues, comme à Lyon, où le député Couthon tente de rétablir l’ordre face à la révolte « fédéraliste ».

fig. 2 – Lesueur, qui a réalisé beaucoup de dessins sur la période révolutionnaire, dresse ici le portrait d’un représentant en mission, vêtu des couleurs républicaines, et incarnant l’autorité par sa gestuelle.

Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826),
Représentant du peuple en mission […]..
Gouache sur carton découpé et collé sur feuille de papier bleu (détail), vers 1793, 40 x 56,8 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

D’autres députés sont envoyés dans les colonies, notamment à Saint-
Domingue, afin de rétablir l’ordre lorsque les esclaves se révoltent. Le « péril noir » pousse ainsi les gouvernants à promou- voir des figures d’ordre dans le cadre d’une propagande colonialiste (fig. 3).

fig. 3 – Les graveurs hollandais illustrent le rétablissement de l’ordre colonial en 1794 en représentant l’arrestation d’un esclave insurgé. À l’arrière-plan, des soldats blancs désarment d’autres révoltés.

Vinkeles Reinier (1750-1805) et Vrydag Daniel (1765-1822),
[Répression de la révolte des esclaves noirs de la colonie française de Saint-Domingue].
Eau-forte (détail), 1794, 22,5 x 13 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet
1.3. LES FIGURES DE LA PEUR
2.3. LE SPECTACLE DE LA PEUR