En 1793-1794 comme dans les périodes précédentes, les peurs sont mises en scène par les pouvoirs politiques. Les exécutions publiques, en particulier celle du roi, font partie de cette pédagogie de l’émotion.

Le 21 janvier 1793, Louis xvi est guillo- tiné sur la place de la Révolution. L’image de la main du bourreau brandis- sant la tête coupée (fig. 1) est diffusée dans toute l’Europe afin de paralyser les contre- révolutionnaires, provoquant une vague d’indignation dans les pays voisins.

fig. 1 – En représentant la tête coupée de Louis XVI, dont le sang doit fertiliser
les sillons républicains, Villeneuve désacralise la figure du roi et adresse un avertissement aux princes européens.

Villeneuve (actif à la fin du xviiie s.),
Matière à réflexion pour les jongleurs couronnées (sic).
Aquatinte (détail), 1793, 27 x 20,6 cm
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

Cependant, le spectacle de la peur vise aussi à galvaniser les sans-culottes. Par exemple, les funérailles de Marat, qui se déroulent du 16 au 17 juillet 1793, attirent une foule nombreuse. L’exposition du corps du député et journaliste, glorifié comme un martyr de la Révolution, vient démontrer la puissance de la République face au danger du retour de l’Ancien Régime (fig. 2).

fig. 2 – Fougeat représente ici la douleur collective par les gestes et les visages tourmentés de la foule, tandis que la gloire de Marat est symbolisée par des références à l’Antiquité (couronne de laurier, drapé et colonnade). À gauche sa meurtrière est terrassée.

Fougeat (actif à la fin du xviii s.),
Pompes funèbres de Marat à l’église des Cordeliers […]..
Peinture à l’huile (détail), 1793, 59x73cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

Face à la peur que peut inspirer la Contre-Révolution, le gouvernement révolutionnaire répond par de grands rassemblements politiques ou religieux démontrant sa puissance et sa cohésion. Le 7 mai 1794, le Comité de salut public déclare que « le peuple français reconnaît l’existence de l’Être suprême ». Robespierre, avec d’autres députés, crée une religion civique destinée à ressouder les Français, à rassurer le peuple et à placer la République sous protection divine. Organisée le 8 juin 1794, la fête de l’Être suprême tente de convertir la peur en joie collective (fig. 3).

fig. 3 – Saturée de couleurs et d’effets visuels, cette estampe amplifie la présence de l’Être suprême, suggérée par les rayons du soleil. Enveloppant la statue de la Sagesse, les flammes et la fumée participent à créer une communauté émotive en faveur de la République.

Anonyme, Chez Jacques-François Chéreau, vue du Jardin national et des décorations,/Le jour de la Fête célébrée en l’honneur de l’Être Suprême le Décadi 20 prairial l’an 2e. de la République Française.
Eau-forte coloriée (détail), 1794, 35,7 x 54 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet
2.2. LES ACTEURS DE L’ORDRE RÉPUBLICAIN
3.1. ROBESPIERRE