Au-delà même de la figure de Robespierre, les personnes associées au passé récent, que l’on qualifie désormais sous le nom de « Terreur », sont surveillées, emprisonnées, déportées ou exécutées. Pour convaincre qu’une parenthèse se referme et rassurer les populations, des boucs émissaires sont désignés.

Pour les juger, la plupart des institutions d’exception visant à réguler les peurs restent en place. Savamment médiatisées, les condamnations exemplaires se succèdent. Ainsi, Fouquier-Tinville, accusateur public du Tribunal révolutionnaire, est condamné à mort le 6 mai 1794 (fig. 1). De même, le député Carrier, accusé de massacres en Vendée et des noyades de la Loire (fig. 2), est exécuté le 16 décembre de la même année. instrument de cette justice transitionnelle, le Tribunal révolutionnaire fonctionne jusqu’au printemps 1795.

fig. 1 – Après l’exécution de Robespierre, les images des atrocités commises dans l’Ouest pendant la guerre civile sont utilisées comme preuves a posteriori de l’existence d’un « système de la Terreur ». Dans cet imagier infernal, les noyades collectives de la Loire montrent que même l’eau est polluée par la Révolution. Ces images renforcent aussitôt la haine des « Jacobins » après 1794.

Philippe Joseph Maillart (1764-1856), G. Jacowick (actif au xviiie s.),
5 et 6 frimaire, noyades dans la Loire, Tableaux de la Galerie Historique ou Tableaux des événements de la révolution française (1795-1799) (115e tableau, pl. 8).
Eau-forte coloriée (détail), 1793-1794, 8,4 x 12,2 c.
© Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

fig. 2 – Le 28 mars 1795, l’ancien procureur du Tribunal révolutionnaire comparaît avec vingt-trois co-accusés. Pourtant, parmi d’autres, cette image présente le tribunal en scène médiatique et personnalise l’événement : le procès de Fouquier-Tinville devient celui de toute la justice révolutionnaire.

Pierre Gabriel Berthault (1737-1831),
Fouquier-Thinville jugé par le Tribunal révolution- naire / le 12 floréal an 3e (1er mai 1795) de la République, Tableaux historiques de la Révolution française (1791-1817).
Eau-forte (détail), 1795, 32,7 x 49,5 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

De nouvelles figures surgissent, utilisant la hantise du retour au chaos révolutionnaire pour défendre le nouveau régime : les « muscadins ». Ces fils de marchands, citadins, issus de la « jeunesse dorée », cherchent à se distinguer des « sans-culottes » par leur langage et leurs vêtements, mais aussi à intimider les « jacobins » en exerçant, dans la rue, une justice informelle. Ces muscadins resteront présents dans l’imagerie du xixe siècle (fig. 3).

Même après la « Terreur », la peur continue donc d’être une arme politique, visant à dissuader les radicaux comme les royalistes de s’exprimer dans l’espace public.

fig. 3 – Alors que l’on fait le procès des principaux responsables de la « Terreur », les jeunes gens armés appelés « muscadins » attaquent la salle du club des Jacobins le 9 novembre 1794. En 1834, l’illustrateur Auguste Raffet, gravé par Gaitte, fait d’eux des acteurs de l’ordre face à l’inquiétante menace des femmes jacobines.

Antoine-Joseph Gaitte (1804-1860),
Attaque de la salle des Jacobins / le 9 novembre 1794.
Estampe (détail), 1834, 11,12 x 16 cm
© Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
3.1. ROBESPIERRE
3.3. MÉMOIRES DE LA TERREUR