La Révolution française a inspiré une mémoire foisonnante, sujette à de nombreuses récupérations. C’est la séquence 1793-1794, marquée par l’exacerbation des peurs, qui inspire le plus de fantasmes, et cela à travers trois figures majeures.

Longtemps après sa mort, Robespierre continue d’incarner à lui seul les terreurs révolutionnaires, à tel point que son masque mortuaire, souvent falsifié, et sa tête coupée ne cessent d’obséder les artistes au xixe et au xxe siècle. Sculpté bien après le xviiie siècle par Maurice Castan, qui place la cicatrice du mauvais côté, le visage de Robespierre ici présenté (fig. 1) s’inscrit dans cette tradition noire, à laquelle participe Madame Tussaud en Angleterre. En 2011, le magazine Historia titrait ainsi : « Robespierre. Le psychopathe légaliste ».

fig. 1 – La figure du sans-culotte est immortalisée ici sous les traits du chanteur Simon Chenard par le peintre Louis Léopold Boilly. À l’occasion de la fête de la liberté de la Savoie en 1792, le drapeau tricolore (avec l’inscription « LA LIBERTÉ OU LA MOR[T] ») remplace la pique.

Louis Léopold Boilly (1761-845),
Portrait du chanteur Simon Chenard (1758-1832), en costume de sans-culotte, portant un drapeau à la fête de la liberté de la Savoie, le 14 octobre 1792.
Peinture à l’huile, vers 1792, 33,5 x 22,5 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

La foule révolutionnaire fait également l’objet de représentations fantasmatiques : caricaturés comme membres d’une populace enragée à la violence irrationnelle, les sans-culottes, que d’autres louent comme les meilleurs gardiens de la Révolution, continuent d’endosser l’imaginaire noir des peurs révolutionnaires (fig. 2).

fig. 2 – Lesueur, qui a réalisé beaucoup de dessins sur la période révolutionnaire, dresse ici le portrait d’un représentant en mission, vêtu des couleurs républicaines, et incarnant l’autorité par sa gestuelle.

Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826),
Représentant du peuple en mission […]..
Gouache sur carton découpé et collé sur feuille de papier bleu (détail), vers 1793, 40 x 56,8 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet

Par ailleurs, les guerres de vendée continuent d’être un enjeu politique pendant tout le xixe siècle. Dans les salons, si les artistes royalistes dénoncent la sauvagerie des armées révolutionnaires, les Républicains au contraire tentent de renverser cette image, en présentant les vendéens comme les principaux responsables des violences de la guerre civile, comme pour le massacre de Machecoul de mars 1793 (fig. 3). Encore aujourd’hui, l’image de la Vendée est régulièrement utilisée pour dénoncer la perversion des idéaux de la Révolution. L’instrumentalisation des peurs a la vie dure : les massacres de la guerre civile sont parfois comparés, de manière anachronique et caricaturale, aux génocides du xxe siècle.

fig. 3 – Les graveurs hollandais illustrent le rétablissement de l’ordre colonial en 1794 en représentant l’arrestation d’un esclave insurgé. À l’arrière-plan, des soldats blancs désarment d’autres révoltés.

Vinkeles Reinier (1750-1805) et Vrydag Daniel (1765-1822),
[Répression de la révolte des esclaves noirs de la colonie française de Saint-Domingue].
Eau-forte (détail), 1794, 22,5 x 13 cm.
© Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Roger-Viollet
3.2. L’INVENTION DE LA TERREUR : LE DIRECTOIRE
REMERCIEMENTS